L'enquête sur l'attaque du 23 octobre dans les Yvelines progresse. Ce jeudi, le procureur national antiterroriste Olivier Christen a détaillé les premiers éléments recueillis au cours de la garde à vue de Kévin T.
Soupçonné d'avoir tué Pengo Bossio Wangi, un homme de 26 ans, et blessé sept autres personnes, le trentenaire doit être présenté à des juges en vue de sa mise en examen.
Trois blessés sont toujours hospitalisés et le pronostic vital de l'un d'entre eux demeure engagé.
Une information judiciaire a été ouverte pour assassinat et tentatives d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance aggravante d'une motivation raciste.
Il reconnaît avoir ciblé des personnes en raison de leurs origines
Après avoir initialement contesté le caractère raciste de ses actes, Kévin T. a finalement reconnu devant les enquêteurs avoir « spécifiquement ciblé des personnes de type musulman, africain ou nord-africain », selon le procureur.
Le suspect aurait choisi Trappes parce qu'il considérait cette commune comme "un repaire d'islamistes".
Il conteste néanmoins toute intention terroriste et estime son attaque "légitime".
Interrogé sur les blessures infligées à une victime de 11 ans, il a affirmé ne pas avoir voulu s'en prendre à des enfants, évoquant une possible erreur d'appréciation sur l'âge de cette victime.
Le suspect a toutefois déclaré ne ressentir aucun regret, selon Olivier Christen.
Des centaines d'autocollants aux slogans nationalistes retrouvés
Les perquisitions ont permis de découvrir plusieurs objets au domicile de Kévin T.
Les policiers ont notamment saisi un exemplaire de Mein Kampf, un Coran, une Bible, ainsi que différents équipements, dont une baïonnette, deux poings américains, un silencieux et un chargeur.
Mais ce sont également des centaines d'autocollants qui ont attiré l'attention des enquêteurs.
Parmi eux, 30 portaient l'inscription "Vive la France, RN, Fier d'être français", 99 affichaient "100% français, Vive la France" et 98 mentionnaient "Soutien aux forces de l'ordre".
Selon le procureur, ces autocollants étaient apocryphes : le suspect aurait lui-même conçu les visuels avant d'en commander la fabrication sur Amazon plus d'un an auparavant.
Kévin T. affirme ne pas être adhérent ou sympathisant d'un parti politique. Aucun lien organisationnel avec le Rassemblement national n'a été établi dans les éléments présentés.
Interrogé sur des photographies le montrant lors d'une réunion publique consacrée à la Palestine en 2018, il a déclaré avoir cherché, à l'époque, à "infiltrer les gauchistes".
Une attaque préparée plusieurs semaines à l'avance
Les investigations ont également mis en évidence une importante préparation matérielle.
Depuis septembre, Kévin T. aurait acquis plusieurs accessoires destinés à améliorer l'efficacité de son pistolet-mitrailleur, ainsi qu'un brassard de police et des menottes.
Un dispositif de piégeage a également été découvert dans son appartement.
Le suspect a reconnu la préméditation de l'attaque, a précisé le procureur.
Deux jours avant les faits, le 21 octobre, il avait supprimé ses comptes sur les réseaux sociaux et revendu son ordinateur portable. Son téléphone avait également été dissimulé.
Les deux appareils ont finalement été retrouvés et doivent faire l'objet d'analyses.
Un examen psychiatrique réalisé pendant la garde à vue
Olivier Christen est également revenu sur les déclarations du suspect concernant sa santé mentale.
Kévin T. a évoqué des antécédents psychiatriques, une hospitalisation à l'âge de 25 ans et une consommation ancienne de stupéfiants.
Les analyses toxicologiques ont révélé la présence de médicaments compatibles avec son traitement prescrit, ainsi que de cocaïne et de cannabis.
Lors de ses auditions, il a affirmé souffrir de schizophrénie.
Cependant, l'examen psychiatrique réalisé pendant sa garde à vue n'a pas mis en évidence de trouble psychiatrique décompensé nécessitant une hospitalisation sous contrainte. Ce premier examen ne constitue pas une expertise définitive sur son état mental ou sa responsabilité pénale.
Le Parquet national antiterroriste a demandé son placement en détention provisoire. La procédure judiciaire doit désormais permettre de préciser son parcours, ses motivations et les circonstances de l'attaque.