Quelques jours après l'annonce d'une demande de placement en redressement judiciaire, de nouvelles révélations viennent éclairer l'ampleur des difficultés financières du célèbre grand magasin parisien,
Selon Libération, qui s'appuie sur un audit réalisé par le cabinet EY, la société SGBH, exploitante du BHV de la rue de Rivoli et du centre commercial de Parly 2, affichait plus de 120 millions d'euros de dettes au 31 août dernier, pour une trésorerie inférieure à 1,5 million d'euros.
Dans le détail, les sommes dues comprennent notamment plus de 100 millions d'euros auprès des fournisseurs, dont plus de 40 millions envers les anciens propriétaires et gestionnaires, les Galeries Lafayette. À cela s'ajoutent 10 millions d'euros de dettes sociales et plus de 2 millions d'euros de dettes fiscales.
Une cessation de paiements évoquée dès la fin août
Plus inquiétant encore, l'audit aurait conclu que l'entreprise se trouvait déjà en état de cessation de paiements au 31 août.
Une situation qui contraste avec les déclarations de la direction, laquelle assurait jusqu'alors que le grand magasin n'avait pas atteint ce stade.
Toujours selon Libération, le chiffre d'affaires du BHV aurait chuté à 20 millions d'euros depuis le début de l'année, contre 170 millions d'euros en 2025.
Face à ces difficultés, Karl-Stéphane Cottendin, qui a succédé à Frédéric Merlin à la tête de l'entreprise en juin dernier, a demandé mardi l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire.
La direction présente cette démarche comme un moyen de poursuivre la restructuration du magasin et de préserver l'activité ainsi que les emplois.
Pourquoi le tribunal de Lyon a-t-il été saisi ?
Autre élément soulevé par le quotidien : le choix du tribunal des activités économiques de Lyon, alors que le BHV Marais est implanté à Paris.
Le siège social de l'entreprise a en effet été transféré dans la capitale des Gaules en février dernier. Une domiciliation qui suscite des interrogations sur la juridiction compétente, mais aussi sur la stratégie de la direction.
Dans les colonnes de nos confrères, un proche du dossier évoque une "nouvelle manœuvre", estimant que les dirigeants lyonnais connaissent les rouages du tribunal de commerce local.
La situation pourrait également intéresser la justice parisienne. Selon le quotidien, le parquet de Paris a été saisi à la mi-juillet par l'inspection du travail pour un "état de cessation de paiements supposé".
Frédéric Merlin toujours au cœur du dossier
Cette nouvelle crise intervient quelques mois après le retrait de Frédéric Merlin, entrepreneur lyonnais et ancien dirigeant de la Société des grands magasins (SGM).
En juin dernier, ce dernier avait cédé à perte le BHV Marais à Karl-Stéphane Cottendin, son ancien bras droit. Les deux hommes restent toutefois associés dans cette affaire.
Le nouveau dirigeant met notamment en cause le fonds canadien Brookfield, propriétaire des murs du grand magasin, qu'il accuse de ne pas avoir honoré certains engagements financiers. Une version contestée par Brookfield, qui affirme ne devoir aucune somme au BHV et dénonce au contraire des engagements non respectés par l'exploitant.
L'avenir du grand magasin reste désormais suspendu à la décision de la justice. Une audience est prévue vendredi devant le tribunal des activités économiques de Paris.
Les quelque 700 salariés encore présents dans l'entreprise attendent, eux aussi, d'être fixés sur leur avenir.